LE MOT DU MAIRE

 (Texte en réponse à l’article du collectif Delit’Thium paru dans le MIDILIBRE du 4 novembre 2026)

Lithium : chercher pour savoir, savoir pour décider

Le Midi Libre du 4 novembre a rendu compte de la mobilisation du collectif Délit-Thium contre la demande de permis exclusif de recherches de lithium sur notre territoire. Maire d’une commune située dans le périmètre, je souhaite apporter un autre éclairage, sans rien retirer à la légitimité des inquiétudes exprimées.

Des inquiétudes légitimes

Que des habitants s’inquiètent pour leur eau, leurs paysages, leurs vignes ou le tourisme n’a rien d’illégitime. Le Salagou et le cirque de Mourèze sont un bien commun, et le Lodévois garde la mémoire de son passé uranifère. J’ai moi-même exprimé des réserves dès 2025 :

la transition écologique ne peut pas consister à remplacer un extractivisme par un autre.

La demande de transparence est tout aussi fondée. Une réunion réservée aux élus, aussi utile soit-elle, ne remplace pas un débat public. Je comprends que beaucoup d’habitants se soient sentis tenus à l’écart.

Un permis de recherche n’est pas un permis d’exploiter

À ce jour, le permis n’est pas accordé. La demande reste en instruction, une consultation publique en ligne est annoncée du 16 novembre au 16 décembre, et le ministre statuera ensuite.

S’il était délivré, ce titre donnerait à la société, pour cinq ans et sur 218 km², l’exclusivité de la recherche, et non le droit d’extraire. La première phase annoncée se limite à des relevés et à des prélèvements en surface, sans forage. D’éventuels forages exploratoires relèveraient ensuite, selon leur importance, d’une déclaration ou d’une autorisation environnementale.

Une exploitation exigerait une concession puis une autorisation de travaux, avec enquête publique et possibilité de refus. Je ne prétends pas que le permis soit sans portée : son titulaire serait seul à pouvoir demander, ou céder, une concession sur ce périmètre. C’est pourquoi chaque étape devra être examinée de près. Mais confondre la première et la dernière n’éclaire personne.

Savoir avant de décider

Le débat ne peut pas ignorer l’enjeu de souveraineté. L’Union européenne classe le lithium parmi ses matières premières stratégiques. Son règlement de 2024 fixe des objectifs pour 2030 : 10 % de nos besoins couverts par l’extraction européenne, 40 % par la transformation, 25 % par le recyclage, et pas plus de 65 % dépendant d’un seul pays tiers.

Ce même règlement demande à chaque État membre un programme national d’exploration. En France, le BRGM met à jour un inventaire minier datant de 1970-1995. La demande déposée ici est une initiative privée, distincte de cet inventaire public, mais elle répond au même besoin : connaître notre sous-sol.

Le collectif a raison de poser la question des usages. À quoi servira ce lithium ? Quelle place pour le recyclage et la sobriété ? Ce débat est nécessaire. Mais nos batteries ne disparaîtront pas, et refuser de regarder sous nos pieds revient à accepter que l’extraction se fasse ailleurs, loin de nos regards et de nos règles.

Il ne semble pas honnête de tenir une telle position et d’utiliser, dans le même temps, pour notre usage quotidien, des téléphones et des véhicules et autres objets utilisant cette technologie.

Aujourd’hui, personne ne sait si ce sous-sol contient du lithium en quantité exploitable. Les recherches peuvent aussi conclure qu’il n’y a rien à en tirer.

Sans elles, nos inquiétudes comme nos espoirs reposent sur des suppositions.

Ce qui devra être vérifié

Les géologues nous ont décrit, en cas de gisement, une technique sans commune mesure avec une mine traditionnelle : des forages de 2 000 à 3 000 mètres pour pomper des saumures, en extraire le lithium, puis les réinjecter sous les nappes utilisées aujourd’hui. Sur le papier, ce serait très peu invasif pour un territoire comme le nôtre. Telle en est la présentation faite par le porteur de projet.

Le collectif est fondé à réclamer des experts indépendants. La question est : qui prendra en charge le coût de ces expertises qui devront, très probablement, nécessiter des moyens techniques conséquents.

Chercher n’est pas exploiter

Ma position tient en deux temps. Les recherches doivent pouvoir être menées à leur terme, sous contrôle et en toute transparence. Si un gisement était identifié, les conditions d’une éventuelle exploitation devraient ensuite être examinées avec la plus grande exigence et la plus grande transparence, et elles appelleraient de nouvelles autorisations.

Connaître notre sous-sol n’engage à rien d’autre qu’à décider en connaissance de cause.

La société « Transition Elements Sas» envisage d’associer un comité technique tout au long du processus de recherche. Ce comité compterait parmi ses membres des élus locaux.

J’invite chacun à participer à la consultation publique : c’est par les faits, et non par les slogans de part ou d’autre, que notre territoire choisira son avenir.

                                                                                                 

Par Patrick-Albert Jaurès, maire de Mourèze